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INTERVIEW
AVEC LE GENERAL ABBAS GHARABAGHI dernier chef d'Etat-major interarmes de
l'armée impériale d'Iran Dans le cadre de cette mission j'ai résidé pendant un an à Kermanchah. Cette mission fut heureusement un succès et aboutit à la conclusion du fameux accord d'Alger de 1975. Après le succès de cette mission, Sa Majesté me confia une autre mission, celle du commandement de la gendarmerie et en particulier son épuration des éléments corrompus. Il me faut ajouter que durant ces 40 années de service, aussi bien dans l'armée de terre, que la gendarmerie et au ministère de l'intérieur, ma méthode de travail consistait à lutter contre les éléments corrompus. Aussi, je me suis fais de nombreux ennemis (comme vous l'avez fait remarquer lors de la précédente séance). Dans mon ouvrage j'avais fait remarqué qu'ayant quitté l'Iran, Sa Majesté n'était plus en relation avec le gouvernement et l'état-major général et par conséquent ne pouvait être au courant des événements en Iran. Abbasi: Etant donné que vous avez fait allusion à la maladie du Chah, je voudrais tout de suite et avant d'entamer les principales questions, vous demandez à quel moment avez-vous été informé de la grave maladie du Chah? Gharabaghi:
Oui. D'après ce que j'ai pu lire plus tard, seul Sa Majesté en était
informé. C'était un secret et personne n'en fut informé sauf son médecin
particulier. Les docteurs Ayadi et Safavian étaient au courant de sa
maladie et d'après ce que j'ai pu lire, les étiquettes des médicaments
qui lui étaient administrés étaient changées afin que personne ne
soit au courant de la nature de cette maladie. Abbasi:
Nous arrivons à notre première question, celle du coup d'Etat. J'ai
moi-même à plusieurs reprises indiqué à ce propos que la question du
coup d'Etat ne peut plus se poser pour un esprit censé. En effet le
Chah avait abandonné tout le monde et quitté le pays avec toute sa
famille. Lorsque vous-même et d'autres avaient demandé des ordres au
Chah, celui-ci avait répondu : coopérez avec le gouvernement. Il était
persuadé qu'il existait certains plans et que son voyage était sans
retour et que le monde avait décidé de le substituer. Cependant,
j'aurai souhaité que vous-même vous répondiez à ceux qui demandent
pourquoi l'armée n'a pas organisé un coup d'Etat et résisté à la révolution,
tout en sachant qu'elle était déjà descendue dans la rue et avait
provoqué les massacres du 17 Chahrivar à Téhéran et dans d'autres
villes, sans que pour autant la vague révolutionnaire s'estompe. Ce fut
plutôt le contraire. Gharabaghi: Vous venez de soulever de nombreux points, dont l'examen de chacun prendrait beaucoup de temps. Je peux, cependant, dans la limite du temps imparti, répondre sommairement à certains de vos propos. Tout d'abord concernant le coup d'Etat. Ceux qui parlent de coup d'Etat sont fondamentalement dans l'erreur, car le coup d'Etat signifie que dans un pays donné, l'armée se soulève contre le gouvernement en place et se substitue à lui. Or, dans notre pays, Sa' Majesté, avant de partir, avait désigné M. Bakhtiar comme Premier Ministre. Bien que son gouvernement était imposé et que Bakhtiar avait posé comme condition préalable le départ de Sa Majesté du pays, le Parlement (le Sénat et l'Assemblée nationale) l'avait approuvé et nous étions donc tenus de soutenir le gouvernement légal. Sa Majesté l'avait lui-même suggéré tout en indiquant que ce soutien devrait avoir lieu aussi longtemps que le gouvernement respecterait la Constitution. Avant de quitter le pays, Sa Majesté avait précisé qu'il fallait éviter que le sang coule. C'était un ordre qu'il n'arrêtait pas de répéter. Avant de quitter l'Iran, le 15 janvier, Sa Majesté m'a déclaré: le Premier Ministre est inquiet car les informations publiées en Iran et à l'étranger font part d'un éventuel coup d'Etat; il m'avait dit que le Premier Ministre était inquiet et qu’il était nécessaire que vous confirmiez dans une conférence de presse que l'armée ne fera pas de coup d'Etat. Je fis de même et j'ai déclaré que si l'armée et le peuple s'affrontaient il ne resterait rien ni de l'un ni de l'autre et qu'aucun Iranien ne peut souhaiter une telle chose. Le
lendemain, Sa Majesté quitta l'Iran. Un problème important fit alors
jour: lorsque M. Bakhtiar fut nommé Premier Ministre, Sa Majesté eut
un entretien avec Thierry Desjardins, journaliste et envoyé spécial du
Figaro. Lors de cette interview, le journaliste (Thierry Desjardins)
posa la question suivante : quelle est votre opinion à l’égard du
gouvernement, les anciens partisans de Bakhtiar (les opposants) le
considèrent comme un traître car celui-ci veut profiter de sa position
d'ancien opposant et démontrer qu'il est en mesure de sauver le régime;
vos partisans également le considèrent comme traître car il veut vous
envoyer en exil? Sa Majesté confirma ces dires: Oui, je le sais. Pour
moi c'était clair que Sa Majesté n'avait aucune confiance en Bakhtiar.
Le lendemain, Bakhtiar eut un entretien avec des journalistes et déclara:
"Sa Majesté quittera le pays dans les prochains jours et dans la
situation actuelle je ne peux pas dire s'il retournera ou non en
Iran." Il n'existait pour moi plus aucun doute que le gouvernement
de Bakhtiar avait été imposé à Sa Majesté. C'est pourquoi lors d'un
de mes entretiens avec ce dernier je lui demandai: si après votre départ,
et compte tenu des informations publiées par les journaux, des événements
imprévus ont lieu dans le pays quel devrait être le rôle de l'armée?
Sa Majesté ordonna: tout d'abord il faut préserver coûte que coûte
l'armée car elle est indispensable pour la sauvegarde du pays et
ensuite nous ne savons pas ce qui va se passer; faites ce qui vous
semblerez bon avec les autres commandants". Ce furent les derniers
ordres que je reçus de Sa Majesté. Abbasi : Nous arrivons à la déclaration de neutralité de l'armée, le Chah aurait certainement accepté et signé la déclaration de neutralité de l'armée signée par les hauts commandants de l'armée et par vous-même? Gharabaghi: Vous
parlez avec des "si"; si Sa Majesté n'avait pas quitté le
pays, sans doute Khomeiny ne serait pas venu en Iran. Abbasi : Cependant
vous avez entendu ces paroles de Mme Farah Pahlavi répétées plusieurs
fois aux commandants militaires, au Chah et à vous-même: "Si nous
ne quittons pas très prochainement l'Iran notre sort sera celui de
Louis XVI, le Chah sera décapité et moi même emprisonnée".
Aussi s'ils seraient restés, vu que le Chah ne souhaitait pas que le
sang coule, vu sa maladie connue plus tard par beaucoup de personnes,
sans doute ils se seraient rendus à la révolution. Gharabaghi: Oui, c'est en effet une manière d'admettre la révolution. Oui, sans doute. Le gouvernement de Azhari était un gouvernement militaire à l'instar de la Turquie, dont certains souhaitaient voir en Iran, suivant le même style. Le commandant en chef de l'Etat-major était devenu premier ministre et les commandants des forces, les ministres. Sa Majesté ayant entendu la voix de la révolution, ce gouvernement n'avait plus de raison d'être et disparut. Il fut remplacé par celui de Bakhtiar qui avait posé comme condition préalable le départ de Sa Majesté. Au même moment, sous prétexte de soutenir le gouvernement de Bakhtiar, le général Huyser arriva en Iran. Or, nous avons su par la suite, qu'accompagné de l'ambassadeur des Etats-Unis ils avaient rendu visite à Sa Majesté, lui demandant la date et l'heure de son départ du pays. Il s'avère donc que la mission qui avait été conférée à Bakhtiar était planifiée et organisée d'avance pour pousser Sa Majesté à quitter le pays. On ne peut pas imaginer le cours des événements si celui-ci était resté dans le pays; cependant, ce qUI est certain, c'est que Khomeiny n'aurait pas entré en Iran et les événements auraient pris une autre tournure. Personnellement, j'étais persuadé que si Khomeiny rentrait en Iran, aucune résistance ne pouvait plus être possible. Avec le départ de Sa Majesté plus personne ne restait. Nous savions tous que Bakhtiar n'était pas une personnalité connue dans le pays, qu'il était un des opposants farouches, son animosité était dirigée contre la famille Pahlavi; il n'avait aucune popularité, la preuve en est que nous avions organisé une manifestation au profit du gouvernement et de la Constitution, manifestation qui ne put avoir lieu malgré la contribution et le soutien de l'armée. Aussi, lorsqu'ils pensèrent laisser entrer Khomeiny, pour moi il était certain qu'on ne pourrait plus rien faire. Cependant
les préparatifs de l'attaque étaient très importants du point de vue
militaire. Récemment un ouvrage a été publié, intitulé "Enquête
sur l'assassinat de Bakhtiar". Les auteurs sont MM. Chaperon et
Tournier. Le premier est le rédacteur en chef d'Europe 1. Il est
explicitement indiqué dans cet ouvrage que: Saddam Hussein avait versé
dix millions de dollars à Bakhtiar afin d'organiser le coup d'Etat de
Nojeh. Ce dernier le fomenta avec ces millions. La liste de tous ceux
qui voulaient participer à ce coup d'Etat fut découverte par les
agents de renseignement de la République Islamique. L'ouvrage rapporte
que 160 jeunes officiers aviateurs, parmi les plus brillants de l'Iran,
furent exécutés. Ceux qui connaissent l'armée et l'aviation, savent
qu'un pilote militaire n'est pas un pilote ordinaire. Tout d'abord, il
n'est pas facile de les sélectionner, car n'importe qui ne peut pas
remplir ces missions et d'être un pilote militaire. Par ailleurs, les
frais de formation d'un pilote militaire sont faramineux. Ces pilotes
furent exécutés et de nombreux autres arrêtés et emprisonnés. En
effet, je dois avouer qu'après la neutralisation de l'aviation
iranienne par Bakhtiar, le gouvernement irakien s'est autorisé
d'attaquer l'Iran. Il n'y a pas d'exemple semblable dans l'histoire,
qu'un Iranien commette un tel acte au nom de la lutte contre ses
compatriotes. M. Bakhtiar a soutenu pendant huit ans l'agression
irakienne et le massacre de ses compatriotes. En 1983, trois ans après
le début de la guerre et la mort de milliers d'Iraniens, lorsque le
gouvernement de la France fournit à l'Irak des avions Super Etendards
et des Exocets, M. Giscard d'Estaing, ancien Président de la République
protesta, affirmant que l'Iran et l'Irak étant en guerre il n'est pas
opportun que la France fournisse de nouvelles armes d'attaque à l'Irak.
Simultanément M. Bakhtiar a eu un entretien avec le magazine Paris
Match (n°1795, 21 octobre 1983) dans lequel non seulement il
encourageait le gouvernement français à fournir les avions à l'Irak
mais demandait également à ce dernier d'utiliser les Exocets (dont on
connaît les capacités de destruction) pour bombarder l'île de Khark
et toutes les autres réserves vitales de l'Iran. Aussi
non seulement il mit au point les préparatifs de la guerre et fit
neutraliser l'aviation iranienne, il soutint cette agression pendant
huit ans et tout ceci en échange des 60 millions de dollars qu'il avait
perçu de l'Irak. Ce fut un service rendu par Bakhtiar au nom de la
"formation de l'opposition" conduisant, comme nous l'avons dit
plus haut, les jeunes de notre pays et toute sa population vers la
destruction, l'anéantissement et la mutilation. Aujourd'hui encore le
gouvernement et le peuple iranien continuent à payer les frais de cette
guerre. Abbasi : Mon général, pourquoi parlez-vous toujours de la révolution iranienne, cette révolution dont même le Chah avait entendu la voix, en terme de "crise"? Cette
dernière être accompagnée de développement et de progrès, vers une
société plus prospère, plus libre, une éducation plus avancée, une
meilleure santé publique, bref tout devrait être amélioré par
rapport au passé. La révolution française de 1789 a offert au peuple
français la liberté, l'égalité et la fraternité dont nous observons
aujourd'hui les progrès qu'a réalisé ce pays. Or, malheureusement, au
lieu du progrès et de la prospérité, la révolution de la République
Islamique des Mollahs n'a apporté pour le peuple que le retour aux
principes moyenâgeux et la suppression de toutes les libertés. Je ne
pense pas que le terme" révolution" conviendrait aux événements
de l'Iran. Certains ont utilisé les mots » révolution » Abbasi: Mon général,
durant ces dernières années de nombreux ouvrages ont été publiés en
rapport avec la révolution iranienne. Vous même qui étiez au cœur
de ces événements qu'en pensez-vous? Gharabaghi: C'est une question pertinente. Voyez-vous, chaque jour les étrangers s'efforcent dans les paroles et dans leurs écrits, de préserver leurs intérêts nationaux, et de nous conduire vers des sentiers perdus dans leur explication de la crise de 1979 et les raisons du malheur du peuple iranien. Cependant, malheureusement, les écrits des étrangers constituent des références pour la plupart des Iraniens, sans pour autant s'intéresser aux preuves et faire des recherches et des études. Dans leurs écrits sur ces événements ils se référent souvent aux étrangers. Si nous avons encore le temps, je voudrais apporter un exemple. Abbasi: Allez-y, je
vous en prie. Gharabaghi: Vous
savez que le général Huyser est un militaire prisé par les Iraniens.
Après le 11 février 1979, avec l'aide financière de M. Bakhtiar, il
fit publier son ouvrage en Angleterre. Les appareils de propagande de
Bakhtiar lancèrent immédiatement une vaste campagne de promotion de
cet ouvrage. M. Bakhtiar lui-même, dans un message spécial publié
dans ses hebdomadaires et sa radio demanda expressément à tous les
Iraniens de lire cet ouvrage. Suite à la publication de ce livre,
l'amiral Habibollahi, commandant en chef de la marine et certains des généraux
et des personnalités ci viles IranIennes, suivant leurs informations,
écrivirent des articles et réfutèrent les propos de Huyser en
apportant des preuves tangibles. l'ai écris moi-même un ouvrage
intitulé" Les secrets de la mission de Huyser lors de la crise en
Iran" et j'ai démontré, preuves à l'appui, l'inexactitude des
propos de Huyser. l'ai prouvé que le livre de Huyser est uniquement
destiné à la propagande et visait à acquitter sa propre personne et
le gouvernement américain de l'époque. D'ailleurs, sept mois après la
parution de son ouvrage, lors d'une interview avec la chaîne de télévision
américaine NBC, le général Huyser avoua lui-même, tenez-vous bien,
qu'il avait écrit son livre après conseils pris auprès de la CIA, du
ministère des Affaires Etrangères des Etats-Unis, du Conseil National
de Sécurité et de Lord Charlton, expert auprès du ministère de la Défense
de la Grande-Bretagne. Autrement dit, il a avoué que les contenus de
son ouvrage ne correspondaient pas à la vérité mais qu'il avait été
rédigé sur les ordres du gouvernement américain et dans le cadre des
intérêts nationaux des Etats-Unis. Néanmoins, malgré tous les
documents que nous avons mis à la disposition de nos compatriotes, après
17 ans et l'éclaircissement de bon nombre des questions relatives à la
crise de 79, beaucoup de nos auteurs se réfèrent encore uniquement aux
ouvrages des étrangers comme à celui de ce même général Huyser.
Comme je l'ai indiqué, Huyser n'est qu'un exemple. Il y en a beaucoup
d'autres auxquels les auteurs iraniens font référence. Par conséquent,
les écrits des Iraniens qui se réfèrent à ces types d'ouvrages ne
peuvent avoir une véritable valeur historique. C'est vraiment désolant
de constater. que les écrits des étrangers constituent pour certains
des preuves indiscutables. Gharabaghi:
Oui, son livre comporte des propos hostiles à mon égard, allant jusqu'à
me maudire. Vers la fin de son ouvrage il a explicité son mécontentement.
C'est scandaleux. Le représentant du Président américain est venu en
Iran pour soi-disant soutenir le gouvernement de M. Bakhtiar. Plus tard,
le ministère américain des affaires étrangères a annoncé que la
mission du général Huyser en Iran a été prolongé afin que celui-ci
trouve un ministre de la guerre pour monsieur Bakhtiar. Comprenez-vous!
Il est venu pour cela et a rédigé ses mémoires avec l'aide de ces mêmes
organisations que j'ai cités plus haut. Il finit son général qui était
adjoint du commandant en chef des forces de l'Atlantique Nord. Il finit
son ouvrage par ces affirmations mensongères et pour se soustraire de
toute poursuite il ajoute que le général Gharabaghi dénonce ces
propos. Abbasi: Mon général,
quel a été à votre avis le poids des puissances étrangères et du
mouvement populaire à l'intérieur dans la révolution iranienne? Gharabaghi: A mon
avis le rôle des puissances étrangères était plus éminent et plus
efficace. Le rôle du peuple iranien a commencé en effet après
l'annonce de la politique des droits de l'homme de M. Carter et à la
suite de la création de l'atmosphère politique libre entamée par le
gouvernement du feu Hoveyda. On ne peut pas dire qu'auparavant il
n'existait pas d'opposants ou de mécontents. Seulement l'annonce de la
politique américaine des droits de l'homme leur accorda une liberté de
mouvement. Le gouvernement iranien, ami des Etats-Unis et soucieux de préserver
ses liens d'amitié avec ce pays, annonça l'atmosphère politique
libre. Les iraniens opposants ont commencé les manifestations. Bien sûr,
suite à la nomination de M. Bakhtiar au poste de Premier Ministre, les
puissances étrangères intervinrent ouvertement en Iran. M. Carter
envoya le général Huyser en Iran pour soutenir le gouvernement de M.
Bakhtiar, ce qui était sans précédent dans l'histoire de l'Iran.
Pourquoi un général étranger viendrait soutenir le gouvernement
iranien? Lui-même nous a dit que les Etats-Unis soutiennent l'armée et
je vous demande de soutenir le gouvernement de Bakhtiar? Qui au sein de
l'armée avait-il affirmé le contraire? Que signifie cela, pourquoi et
selon quelle nécessité il devait venir et nous conseiller ainsi? Il
existe un gouvernement légal nommé par Sa Majesté comme cela avait été
fait pendant 37 ans, le Parlement lui accorde sa confiance et nous, nous
sommes tenus à soutenir le gouvernement. Alors pourquoi cette
intervention américaine pour nous demander de soutenir le gouvernement
de Bakhtiar. Déjà à l'époque j'en avais informé certains hauts
commandants tel que l'amiral Habibollahi et le général Toufanian qui
sont en vie et résident aux Etats-Unis. Le général Huyser avec l'aide
de M. Bakhtiar préparaient l'arrivée de Khomeiny. J'ai voulu démissionné.
Au lieu de s'adresser au Conseil de régence, M. Bakhtiar a demandé
l'aide de l'ambassadeur des Etats-Unis et m'a prié de venir en fin
d'après-midi pour en discuter. Je lui ai répondu: Monsieur j'ai pris
ma décision et compte tenu de vos agissements je préfère démissionner.
Il me dit: d'accord, donner votre démission, mais venez quand même
pour discuter. Lorsqu'en
fin d'après-midi je rentre dans le bureau du Premier Ministre, je vois
que l'ambassadeur des Etats- Unis, sans que j'en sois informé, est
assis dans le bureau. Voilà une preuve de l'intervention des puissances
étrangères. Ils se sont installés tous les deux en face de moi et
m'ont assuré que Khomeiny ne viendrait pas, qu'ils fermeraient l'aéroport.
Une fois l'aéroport fermé, je retire ma démission. Une semaine plus
tard, M; Bakhtiar, sans consulter le comité des commandants, et
contrairement à ses promesses, a fait ouvrir l'aéroport avec l'aide du
général Huyser et de l'ambassadeur des Etats-Unis. Je me suis adressé
à lui et je lui ai" demandé: pourquoi avez-vous fait une telle
chose? Il m'a répondu: Ne vous inquiétez pas Cc' est un Premier
Ministre qui parle au chef d'Etat-major interarmes): Les ambassadeurs des Etats-Unis et de l'Angleterre nous ont promis que Khomeiny viendra, ira à Qom et n'interviendra pas dans la politique. Notre Premier ministre était en contact avec des ambassadeurs étrangers et c'est avec leur concours qu'il nous place devant un fait accompli. M. Bakhtiar fait entrer Khomeiny en Iran avec tout le protocole. Celui-ci désigna Bazargan comme son premier ministre. Le Premier Ministre en fonction autorisa la télévision à retransmettre toutes ces cérémonies. M. Abbasi :
Selon beaucoup de gens, cette révolution a été déviée de son
chemin, qu'en pensez-vous? Gharabaghi: M.
Abbasi, vous savez bien que lors de la crise de 79, M. Sandjabi,
dirigeant du Font National s'est rendu à Paris et a rencontré Khomeiny
à Neuphle-le-Château, il conclua un accord et publia un communiqué.
Autrement dit, il a admis la direction de Khomeiny. Le peuple iranien
l'entendit et l' honora et à son retour il fut accueilli avec un
respect sans pareil. Tous les révolutionnaires de l'époque, aussi bien
les universitaires, les médecins, les professeurs, les commerçants du
bazar, tous, en particulier les intellectuels comme M. Sandjabi, M.
Bakhtiar et M. Bazargan dont on disait à l'époque qu'ils avaient
chacun derrière eux 30 ans d'activités politiques, acceptèrent tous
la direction de Khomeiny et cédèrent à lui et aux religieux qui
l'entouraient les rênes du mouvement. Je ne parle pas ici des jeunes révolutionnaires,
mais ces messieurs qui avaient eu des années d'activités politiques,
qui déclaraient avoir été opposants pendant trente ans, que la
politique du pays présentait tel ou tel défaut, ces intellectuels
devaient prévoir qu'une révolution dirigée par Khomeiny et les
religieux qui l'entouraient, que vous connaissez et je ne veux pas citer
de noms, ne pouvait suivre un autre chemin. Par conséquent, je ne pense
pas que cette révolution a été déviée. Cette révolution réalisée
par Khomeiny avec les objectifs qu'il lui avait fixés c'est-à-dire la
révolution islamique, s'avance dans l'axe qui lui a été défini. Les
intellectuels qui prétendent que cette révolution s'est déviée, le
faisaient dans leur imagination. Chaque fois que je voyais M. Bakhtiar,
il me disait qu'il venait de rencontrer soit M. Taléghani, soit M.
Montazéri, soit M. Beheshti, soit M. Mofatteh et d'autres encore dont
je ne connais pas les noms. Il nommait tout le monde mais ses préférences
allaient vers M. Motahari duquel il disait beaucoup de bien. Aussi, dès
le début cette révolution a été réalisée par les Sandjabi, les
Bazargan, les Bakhtiar, etc., maintenant ils prétendent qu'elle a été
déviée. Ce n'est pas vrai. Abbasi: Une autre
question posée est celle de votre sortie du pays. Au préalable, je
dois dire à nos chers amis que tous ceux qui ont quitté le pays
l'ont souvent fait en traversant les obstacles naturels ou en falsifiant
des documents ouen se déguisant, de même que MM. Bani Sadr et Rajavi
ont quitté l'Iran en avion en se déguisant. Un autre point important
sur lequel il me faut insister c'est que depuis que vous êtes sorti de
votre silence, vous avez réussi à changer les opinions de beaucoup de
personnes. Je vois à travers des journaux publiés aux Etats-Unis et
en Australie ou ailleurs que des chercheurs sont de plus en plus de même
avis que le général quant à la nature de ceux qui détiennent
le pouvoir. De plus en plus on dénonce le rôle des puissances étrangères
et leur manipulation des événements en Iran. Bref, je voulais vous
demander de nous préciser pour la première fois les modalités de
votre sortie du territoire. Gharabaghi: J'ai vécu
quatorze mois dans la clandestinité en Iran. Tout ce qui a été dit
sur mon départ du pays n'est que mensonge, car à ce jour, personne n'a
présenté une preuve quelconque à mon encontre. Comme l'écrivait M.
Bakhtiar dans son ouvrage" 37 jours après 37 ans": "Je
ne dispose d'aucune preuve contre Gharabaghi..." Selon mes
informations, quelque 40 généraux ont quitté le pays. De nombreuses
anciennes autorités iraniennes vivent aux Etats-Unis, au Canada, en
Angleterre, en Allemagne et en France. Huit de ces généraux font
partie des 37 qui avaient signé la déclaration de neutralité de l'armée
dans les conflits politiques. Comme vous l'avez fait remarquer, tous ceux
qui ont quitté le pays après le 11 février, l'ont fait en se déguisant,
en utilisant des documents falsifiés ou en traversant clandestinement
les frontières. Il en fut de même pour moi. Malheureusement,
vu le comportement de la République Islamique, on ne peut pas dire
certaines choses. Cependant je détiens les identités de tous ceux qui
m'ont aidé à quitter le pays. Lorsque je sentirais que leur
publication ne comportera de danger pour personne, je le ferais. En
attendant ce n'est pas possible. Comme je l'ai précédemment affirmé
j'ai quitté l'Iran par la voie aérienne. Le reste doit être tenu
secret. Cependant, comme je l'ai indiqué, quarante autres généraux
sont dans la même situation, mais je ne sais pas pourquoi ce type de
question ne leur est jamais adressé. Gharabaghi: Je vous
remercie également. |
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